La création monétaire par l’État

La création monétaire

C’est un fait connu depuis longtemps qu’une création monétaire excessive peut déstabiliser le système économique en causant des crises hyper-inflationnistes. C’est ce qui est arrivé en Allemagne pendant la grande dépression consécutive au Krach de 1929 qui l’a durement éprouvé. Pour financer de grands travaux qui auraient permit d’offrir du travail à des millions d’Allemands en chômage, le pays a mis en circulation une quantité massive de billets et une inflation sans précédents s’en est suivie. On dit souvent à la blague depuis ce temps qu’il leur fallait une brouette remplie de billets pour acheter un pain.

Cependant, de nombreux économistes, en particulier les keynésiens, estiment que la création massive de monnaie est quelquefois nécessaire pour relancer l’économie lors de dépressions graves et que le risque d’inflation est surévalué. C’est exactement ce que les États-Unis ont fait après la crise de 2008 sous la forme d’assouplissement quantitatif, la Fed a racheté 600 milliards US$ d’obligations gouvernementales. La banque centrale européenne a aussi décidé de déroger à ses propres règles de création monétaire pour atténuer les effets de cette crise le 10 mai 2010. Ces mesures exceptionnelles n’ont pas créé d’inflation anormale mais la longue récession qui frappe actuellement le monde aurait peut-être été bien pire sans elles, tout dépend donc des circonstances.

Il y a toutefois une chose très importante à considérer, les effets inflationnistes sont propres au système capitaliste dans lequel l’inflation est justement le moteur normal de la spéculation. Dans un système communiste idéal et bien équilibré, l’inflation ne pourrait exister, les salaires n’augmenteraient jamais mais le pouvoir d’achat s’accroîtrait constamment grâce à l’évolution technologique des moyens de productions. Le système monétaire international actuel, encore sous l’hégémonie des États-Unis avec la complicité du Fond Monétaire International et de la Banque mondiale, perpétue l’usure capitaliste qui garanti aux riches et puissants leur domination de l’économie mondiale. Le système des Accords de Bretton Woods en 1944 visaient justement à combattre la propagation du socialisme et du communisme dans le monde, caractérisé par des taux de change fixes relatifs au dollar américain, il fut remplacé par le système actuel des taux de change flottants suite aux Accords de la Jamaïque de 1976.

De plus, tout dépend de quelle façon la monnaie est mise en circulation. Dans le système bancaire actuel, la création monétaire est basée principalement sur l’effet multiplicateur du crédit, environ 90% de la monnaie en circulation est scripturale. Il y a création monétaire lors de l’octroi d’un crédit et destruction monétaire lors du remboursement de ce crédit. Ceux qui bénéficient de cette nouvelle monnaie sont généralement les emprunteurs solvables, ceux qui possèdent suffisamment de garanties de remboursements. Ce sont donc ceux détenant les grands moyens de production qui profitent de la manne, ceux là même qui créent l’inflation en augmentant le prix des biens de consommation qu’ils vendent ou qu’ils louent avec profit, refilant ainsi indirectement aux masses consommatrices le paiement des intérêts sur leurs emprunts.

La masse monétaire augmente donc proportionnellement aux dettes et les classes dominantes en profitent aussi largement grâce aux intérêts que leur rapportent leurs placements bancaires.  Ce système bancaire usurier n’est donc qu’une autre abomination du capitalisme destiné à transférer les revenus de travail des classes opprimées dans les poches des classes les plus riches, et vogue la galère …

Voici ce qu’en disait en 1999, le mondialement réputé économiste Français Maurice Allais :

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Dans son essence, la création monétaire ex nihilo actuelle par le système bancaire est identique, je n’hésite pas à le dire pour bien faire comprendre ce qui est réellement en cause, à la création de monnaie par des faux-monnayeurs, si justement condamnée par la loi. Concrètement elle aboutit aux mêmes résultats. La seule différence est que ceux qui en profitent sont différents.

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La nouvelle monnaie ne devrait donc pas être créée par les banques et prêtée par elles avec intérêts aux plus riches mais créée par l’État et être distribuée directement à la population par l’entremise des salaires et prestations versés à la population, également utilisée pour tous ses investissements à but non lucratif pour le bien de la collectivité. Ce sont les consommateurs de la base qui font rouler l’économie et non les producteurs qui leurs fournissent les biens de consommations. Ce n’est pas la surproduction mais la sous-consommation qui prolonge la grande dépression économique actuelle, le vase déborde parce qu’il n’est pas assez grand mais nos dirigeants ne font rien pour y remédier.

La création monétaire usurière est une entrave au développement

L'argent sonnant

L’argent sonnant

La grande majorité des pays sont fortement endettés, croulant sous une dette publique que les générations futures ne pourront jamais payer. La situation est devenue catastrophique au point que de nombreux pays comme l’Espagne et la Grèce sont au bord de la faillite. Les pays les plus pauvres ont peu de dettes faute de solvabilité, mais dans le contexte économique actuel, ils ne pourront jamais s’enrichir. L’austérité imposée par l’usure capitaliste fera bientôt disparaître tous les acquis sociaux des pays les plus évolués, même les plus riches.

À présent, tout investissement non lucratif est devenu impossible, tout doit rapporter et tout doit se payer. Les grands projets de développement économique dont la rentabilité n’est pas absolument certaine risquent de plonger définitivement les populations dans la misère, parce qu’elles seront complètement paralysées par leur immenses dettes personnelles et publiques. La construction de nouvelles infrastructures et l’entretien des anciennes qui tombent en ruine est devenue très problématique, ces travaux essentiels doivent toujours être remis à plus tard faute de financement, à la semaine des quatre jeudis. 

Les travaux urgents à effectuer pour améliorer l’environnement et la société sont pourtant innombrables. La planète est complètement souillée par des millions de tonnes de déchets qui s’accumulent de jour en jour, tout doit être nettoyé, d’immenses surfaces doivent être reboisées ou adéquatement cultivées. Des populations entières n’ont pas d’eau potable, crèvent de faim et de maladie, il faut les aider à se libérer de cette misère. Toutes ces tâches procureraient des emplois à des centaines de millions de chômeurs mais le système bancaire rend la chose impossible car elles ne sont pas économiquement rentables.

Il y a près de 200 ans, le célèbre économiste David Ricardo était favorable à la création monétaire sous forme de numéraire par l’État, c’était pourtant à une époque où la masse monétaire était liée aux réserves d’or et d’argent conservées dans les coffres des banques. Voici ce qu’il a écrit à ce propos :

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Supposons qu’il faille un million en argent pour préparer une expédition. Si le gouvernement émettait un million de papier-monnaie l’expédition se ferait sans qu’il en coûtât rien à la nation ; mais si en déplaçant ainsi un million d’argent monnayé, une banque faisait l’émission d’un million de papier, et qu’elle le prêtât au gouvernement a 7 pour cent, en déplaçant de même un million de numéraire, le pays se trouverait grevé d’un impôt perpétuel de 70,000 liv. par an. La nation paierait l’impôt, la banque le recevrait, et la nation resterait, dans les deux cas, aussi riche qu’auparavant. L’expédition aura été réellement faite au moyen du système, par lequel on rend productif un capital de la valeur d’un million, en le convertissant en denrées, au lieu de le laisser improductif sous la forme de numéraire ; mais l’avantage serait, toujours pour ceux qui émettraient le papier ; et comme le gouvernement représente la nation, la nation aurait épargné l’impôt, si elle, et non la banque, avait fait l’émission de ce million de papier-monnaie.

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Malgré que David Ricardo était le plus grand théoricien capitaliste,  un des fondateurs des bases du capitalisme, il est évident qu’il jugeait que les intérêts de la nation passaient avant celles des banques. D’ailleurs, Karl Marx approuvait plusieurs de ses théories et s’en est souvent inspiré pour développer les siennes, en particulier celles concernant le matérialisme dialectique, la valeur d’échange, la plus-value et l’accumulation capitaliste.

La seule solution possible est donc la création monétaire par les États selon les besoins de leurs sociétés et de l’humanité entière, la fin en justifie les moyens. La survie de l’espèce humaine en dépend, la situation est devenue extrêmement grave. C’est une réforme qui s’impose internationalement dans tous les pays, qu’ils soient capitalistes ou communistes, nous sommes bien arrivés à la grande croisée des chemins, à gauche, c’est le paradis du partage des richesses et à droite, c’est l’enfer de l’usure du système bancaire …

Les nombreuses oppositions à la création monétaire par les banques

Un des premiers qui a proposé une réforme des banques fut le socialiste utopique Alfred Louis Darimon qui fut le secrétaire de Pierre-Joseph Proudhon, un des premiers anarchistes. Darimon fut l’auteur du livre de la Réforme de Banques publié en 1856, il y proposait de corriger les dégâts sociaux causés par le capitalisme en instaurant notamment une monnaie basée sur le temps de travail ou « l’étalon travail » (page 198-200 pdf 223-225). Cette vieille idée tout à fait logique a été reprise par de nombreuses personnes aujourd’hui dont moi-même, un sujet que je développerai en profondeur dans mes prochains articles.

Depuis très longtemps, de nombreux économistes réputés se sont opposés au système de réserves fractionnaires de création monétaire par les banques pour différentes raisons. Plusieurs d’entre eux l’ont sévèrement critiqué et ont proposé des systèmes alternatifs. Dès 1912, l’économiste Ludwig von Mises, un des fondateurs de l’école autrichienne d’économie s’opposait avec virulence à ce système sans avenir, il écrivait :

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Ce serait une erreur de croire que l’organisation moderne de l’échange peut continuer ainsi. Elle porte en elle le germe de sa propre destruction ; le développement de la monnaie fiduciaire doit nécessairement mener à son effondrement.

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En 1935, l’économiste Américain Irving Fisher proposait le système 100% monnaie. Il s’agit d’une réforme radicale du système bancaire fondée sur la dissociation entre la monnaie et le crédit. Ce projet a été fortement défendu par de nombreux économistes, entre autres Maurice Allais que j’ai mentionné plus haut et son élève, le banquier Christian Gomez, également l’économiste Milton Friedman qui était pourtant très conservateur et un ardent défendeur du capitalisme américain et James Tobin qui a proposé la Taxe Tobin que certains appelaient « la Taxe Robin des Bois ». Pour ce dernier, l’émission de toute nouvelle monnaie devrait être une prérogative de l’État et seulement de l’État.

En août 2012, Jaromir Benes et Michael Kumhof, chercheurs au FMI, ont publié un rapport soutenant cette proposition ; The Chicago Plan revisited. Maurice Allais et le théoricien de l’école autrichienne Murray Rothbard ont tout deux déclaré que la création monétaire par le système des réserves fractionnaires s’assimilait à de la magie.

L'économiste Français Maurice Allais

L’économiste Français Maurice Allais

En 1999, Maurice Allais écrivait le best-seller La Crise mondiale d’aujourd’hui, il disait inappropriée la structure de création monétaire actuelle. Il considérait ce système instable et risqué, les engagements et les créances n’étant pas nécessairement au même horizon et le risque d’un retrait massif de liquidités par les épargnants étant toujours possible.

Selon lui, « L’économie mondiale tout entière repose aujourd’hui sur de gigantesques pyramides de dettes, prenant appui les unes sur les autres dans un équilibre fragile ». Il appelle de ses vœux un système où la création monétaire ne relève que de l’État, dans un cadre de régime de change fixe.

L’intellectuel et activiste britannique James Robertson, tout comme d’autres auteurs altermondialistes, souhaite ramener le processus de création monétaire sous le contrôle de l’État et juge que le système actuel n’est pas aligné « sur des principes de justice économique et sur les réalités de l’ère de l’information, à tel point que la confiance dans la démocratie même en est sérieusement ébranlée ». Et d’ajouter ; « Le fait que ces banques commerciales créent toujours ces fonds libellés en devises officielles et que cette création de monnaie génère des bénéfices revenant au privé constitue un anachronisme flagrant ». Il préconise également que les banques centrales soient seules créatrices de monnaie et que la monnaie créée soit affectée aux dépenses publiques. Les banques de second rang n’auraient plus la possibilité de créer de la monnaie par l’emprunt, le tout dans un système contrôlé par une banque centrale mondiale qui « devrait rendre compte aux gouvernements membres ».

De nombreux autres éminents économistes et intellectuels ont proposé depuis peu le système de la monnaie permanente pour corriger les graves défauts du système actuel. Il s’agit de André Grjebine en 1991, Michel Aglietta en 1995, Gabriel Galand et Alain Grandjean en 1996, Pierre Aunac en 2000, Jean de la Salle en 2007 et pour terminer, Philippe Derudder et André-Jacques Holbecq en 2011. Une « monnaie permanente » est une monnaie dont la contrepartie (l’actif monétisé) est permanente, elle ne peut être détruite et résulte de la création monétaire au même titre que la monnaie d’endettement. André Grjebine parle de « monnaie libre de tout endettement » et Philippe Derudder l’appelle « monnaie sociétale complémentaire ».

Les économistes qui préconisent la création d’une monnaie permanente le font généralement soit pour remplir des objectifs difficilement atteignables avec de la monnaie d’endettement, soit pour financer une relance rapide en cas de crise. La monnaie permanente est souvent associée à l’exemption d’intérêts. Les investissements à rentabilité lente mais de très longue durée n’intéressent que très modérément les banques commerciales et les marchés financiers. Jean de la Salle cite parmi eux les logements insuffisants, le réseau ferré, les voies navigables, etc. Derudder estime qu’il convient de compléter le dispositif économique actuel dans le but de résoudre, indifféremment de leur coût financier ou comptable, les problèmes humains et écologiques que la seule logique capitaliste et comptable est incapable par nature de traiter.

Au début des années ’20, l’ingénieur écossais Clifford Hugh Douglas a développé une théorie nommée le Crédit social, appelée aussi « dividende universel », « dividende social » ou « dividende monétaire », un système qui s’apparente au revenu de base ou « revenu minimum garanti » dit RMG. L’idée est que chaque citoyen reçoive chaque année une part de la monnaie totale créée proportionnelle à la croissance des biens et services et inversement proportionnelle au nombre de citoyens de la zone monétaire. Plus précisément que toute création de monnaie libre de dette (augmentation de la masse monétaire centrale) soit distribuée à l’ensemble des citoyens de façon parfaitement équitable et que la monnaie créée par l’emprunt (monnaie temporaire) soit mécaniquement limitée à deux fois la masse monétaire centrale (monnaie permanente).

Camil Samson 1935-2012

Camil Samson 1935-2012

Le Crédit Social a été soutenu par de très nombreux économistes dont Maurice Allais et a créé un mouvement d’envergure en France, en Australie, au Royaume-uni, en Nouvelle-Zélande et particulièrement au Canada où fut créé un parti Créditiste au niveau fédéral et dans six de ses provinces. Les capitalistes s’empressèrent évidement d’accuser les partis promoteurs du Crédit Social d’antisémitisme, ce qui n’est en rien de surprenant car lorsqu’on s’attaque directement aux banques privées, on s’attaque indirectement à leurs principaux actionnaires …

Le premier chef du Ralliement créditiste du Québec fut Camil Samson, un homme haut en couleur mais fort sympathique, aux élections générales du 29 avril 1970, ce nouveau parti remporta douze sièges à l’Assemblée nationale avec 11,2% des voix. Ce fut vraiment une percée remarquable car notre parti de gauche, Québec Solidaire, depuis sa fondation en 2006, n’a jamais remporté plus que deux sièges avec 6,03% des voix. Cependant, ce parti propose justement l’instauration d’un revenu minimum garanti et pourrait bientôt former l’opposition officielle et éventuellement prendre le pouvoir, au Québec, les revirements politiques sont quelquefois assez violents.

Par la suite, le Parti Québécois indépendantiste, fondé en 1968 a fini par lui voler la vedette et prendre le pouvoir en 1976, le nationalisme l’a emporté sur le socialisme. Le PQ a pris le pouvoir en 2012 par la peau des dents grâce à l’appuie de la gauche qui voulait absolument se débarrasser des libéraux de John James Charest mais la nouvelle première ministre Pauline Marois l’a trahi en prenant un net virage à droite aussitôt élue … Ce parti bourgeois hypocrite et opportuniste ne pourra donc plus compter sur l’appui de la gauche comme depuis sa fondation et sa défaite sera monumentale, tout comme celle du Bloc Québécois au niveau fédéral qui a été pratiquement balayé de la carte par le Nouveau Parti Démocratique pour les mêmes raisons. Malheureusement, le nouveau chef du NPD, Thomas Mulcair, a lui aussi décidé de tourner à droite avant même d’être au pouvoir, décidément, le virage à droite est devenue une maladie contagieuse dans plusieurs pays capitalistes. Nos cousins Français de gauche en ont aussi fait la désagréable expérience depuis que le Parti Socialiste de François Hollande est au pouvoir.

En ce qui me concerne, aux prochaines élections fédérales, je voterai pour le Parti marxiste-léniniste même si seulement 0,05% des électeurs votent pour cette microscopique formation. En 2012, c’était la dernière fois que je votais pour un parti se disant « social-démocrate » qui vire à droite au moindre changement de température, plus jamais je ne me ferai avoir par ces opportunistes « centristes » même si les pires fascistes sont au pouvoir … Au provincial, ce sera le parti Québec Solidaire qui aura mon vote, un vrai parti de gauche dont plusieurs propositions peuvent être considérées « néo-communistes » et en plus, c’est aussi un parti indépendantiste.

Rares sont les gens qui savent d’où vient et où va l’argent

La plupart des gens voient l’argent comme un moyen d’échange pratique inventé il y a plus de 2000 ans pour remplacer le troc, comme une chose dont personne ne peut se passer qu’on obtient en travaillant, soit à la sueur de son front ou en faisant semblant, en l’investissant en bon capitaliste pour le faire fructifier, que les chanceux peuvent gagner au jeu ou que les méchants volent. Mais bien peu se demandent pourquoi la quantité d’argent en circulation augmente avec la population, c’est une question pourtant fondamentale que la grande majorité des gens ne se posent jamais. Certains croient encore que la monnaie est basée sur des réserves d’or et d’argent conservées dans des coffres à toutes épreuves comme à Fort Knox mais ça fait déjà 100 ans que ça ne fonctionne plus ainsi, malgré que c’est de cette façon que les pays aujourd’hui riches ont initialement accumulé leurs trésors en volant littéralement ces précieux minerais aux peuples les plus pauvres.

Évidement, le système des réserves fractionnaires de création monétaire n’a jamais été un secret d’État mais c’est une chose qui n’a toujours intéressé que les économistes, les banquiers et autres financiers. Nos dirigeants capitalistes hypocrites se sont toujours bien gardés de le crier sur les toits, personnellement, je n’ai jamais entendu parler de ça à la télévision ou à la radio, ni lu quoi que ce soit à ce sujet dans les journaux et revues populaires, ce n’est  surtout pas enseigné dans les écoles secondaires et les collèges. Nos ploutocrates ont tout intérêt à maintenir l’ignorance des masses en ce qui concerne la création monétaire par le système usurier des banques et réfutent vigoureusement tous ceux qui osent critiquer ou attaquer leur précieux système d’enrichissement. Ils ont toujours censuré leurs grands médias d’information pour protéger leur capitalisme mais ils n’ont pas encore la possibilité de contrôler tout ce qui se dit sur Internet, profitons-en pour propager la vérité avant qu’ils réussissent à museler aussi ce moyen de communication.

Cet article explique sommairement ce qui en est de la création monétaire capitaliste et ses alternatives socialistes mais si vous prenez la peine de cliquer sur les dizaines de liens incorporés au texte et certains de la colonne de droite du blog sous les rubriques « capitalisme » et « socialisme », vous en apprendrez bien d’avantage. Si ça ne vous suffit pas, voici d’autres suggestions :

La célèbre vidéo L’Argent Dette de Paul Grignon a déjà été vue par des millions de personnes, il en existe plusieurs versions mais celle-ci est en français. La page du site DailyMotion de ce lien vous propose également tous les autres vidéos mis en ligne par bankster2008, Zgump zgump et plusieurs autres, tous captivants et très instructifs.

Le blog Monétaire de Jacques Brethé est particulièrement intéressant. Les réformes monétaires qu’il propose ressemblent étrangement aux miennes et certainement à celles de nombreux autres blogueurs que je ne connais pas encore, ce sont toutes des idées innovatrices très logiques, justes et tout à fait normales.

Le mensuel L’Agenda Plus a publié dans son numéro de mars 2010 l’article Les coulisses de l’argent qui explique clairement le système de création monétaire actuel et fait part aux lecteurs des nombreuses  solutions alternatives existantes. Vous y trouverez à la fin une liste de livres écrits sur le sujet ainsi qu’un grand nombre de liens vers des sites dédiés à l’économie traitant de la création monétaire. Cet article téléchargeable en format PDF résume à sa façon les critiques et solutions des millions de personnes dans le monde qui souhaitent réformer le système monétaire international dans les plus brefs délais car la situation est urgente et sera très bientôt catastrophique.

À quoi devrait-on s’attendre ?

Tous ces brillants économistes qui ont proposé la création monétaire par les États selon leurs besoins ne sont pourtant pas communistes, ils sont bien capitalistes. En fait, je ne crois pas que les célèbres théoriciens communiste Karl Marx et Friedrich Engels aient déjà abordé ce sujet dans leurs nombreux ouvrages, ils ne  donnaient d’ailleurs qu’un aperçu très rudimentaire et général du capitalisme, le système qu’ils combattaient. Ce qui différencie ces économistes capitalistes des autres est que ce sont des humanitaires et non des fatalistes, des personnes pour qui les besoins de la masse passent avant ceux des plus riches. Comme je l’ai mentionné précédemment, les États-unis et l’Europe ont eux même triché pour s’en sortir après la crise de 2008, enfreignant leurs propres règles sacrées. Une profonde réforme de la création monétaire n’est donc pas un rêve utopique d’illuminé communiste mais une possibilité très réaliste.

Le vrai problème avec une telle réforme est que jamais les riches et puissants qui dominent le monde ne voudront l’accepter car l’usure bancaire est leur principale source de revenu. Ils préféreront déclencher une troisième guerre mondiale pour relancer l’économie plutôt que de plier devant les besoins des masses, ils préféreront que des millions d’humains se fassent tuer ou crèvent de faim plutôt que de perdre leur immense pouvoir économique et politique. Il ne faut donc pas s’attendre à ce que ce soit les gouvernements capitalistes qui proposent et appliquent cette grande réforme car ce ne sont pas eux qui dirigent, ce sont leurs maîtres, les oligarques de la classe dominante.

Si un État plus socialiste que les autres osait appliquer unilatéralement cette réforme sur son territoire, créer sa monnaie officielle selon les besoins de son peuple, il serait immédiatement accusé de tricher et de fabriquer de la fausse monnaie par le reste du monde capitaliste. Cet État serait vite sanctionné, soumis à des embargos commerciaux et économiques, peut-être même attaqué militairement. Du jour au lendemain, la perte de confiance en sa monnaie dans le cadre du système de changes flottants basé sur l’offre et la demande ferait qu’elle ne vaudrait plus rien sur les marchés mondiaux. Il faudrait que cette réforme soit mondiale pour fonctionner dès son implantation.

Comme je l’ai mentionné dans mon article précédant, face à de telles embûches potentielles, que ce soit pour un pays capitaliste ou communiste, l’unique solution est le double système monétaire. Une monnaie interne non convertible à l’extérieur du pays qui serait créée par l’État selon ses besoins et une monnaie officielle interchangeable et créée selon le système conventionnel qui servirait pour le commerce extérieur. Évidement, les accords de libre-échange avec ce pays ne respectant pas à la lettre les façons capitalistes de faire deviendraient très problématiques mais de toutes façons, le protectionnisme revient actuellement au galop pour contrer le « dumping » de la Chine. En temps de longues récessions, les portes du commerce international se referment pour relancer les économies nationales, comme ce fut fait en Angleterre après le Krach de 1929.

La monnaie officielle interchangeable devrait être une de celles des grandes puissances mondiales comme le dollar, l’euro ou le yuan car elle ne pourraient pas être dévaluée uniquement dans le pays qui l’utilise en parallèle avec une monnaie créée pour ses besoins et échanges internes, cette monnaie étrangère ne peut qu’avoir la même valeur partout dans le monde. Personne ne pourrait empêcher ce pays d’utiliser librement la devise d’un autre pays sur son territoire pour le pénaliser, ce n’est pas possible car les billets de banques des grandes puissances sont mondialement acceptés, particulièrement le dollar américain, il y en a pour des milliards partout … C’est d’ailleurs une grande erreur stratégique qu’à fait Cuba en abandonnant l’usage du dollar américain sur son territoire pour le remplacer par le Peso convertible car il ne vaut plus rien à l’extérieur du pays, pour le monde capitaliste, c’est de la monnaie de singe. L’idée est de pouvoir utiliser l’arme de l’ennemi pour le combattre et l’arme du capitaliste est sa monnaie.

Pour qu’un pays puisse utiliser la monnaie d’un autre pays pour son commerce extérieur, il faut toutefois qu’il en ait une réserve suffisante pour ses importations, une réserve constituée par ses exportations. Les deux monnaies doivent donc pouvoir être utilisées librement dans le pays afin de garantir un approvisionnement constant de la devise étrangère utilisée. La monnaie officielle sera surtout utilisée par les entreprises privées et la monnaie interne principalement utilisée pour les transactions interpersonnelles et de l’État avec le peuple, pour payer les salaires de ses employés, les revenus de base et les achats aux entreprises privées qui n’auront d’autres choix que de l’accepter et l’utiliser elles aussi pour survivre à l’écrasante concurrence de l’État collectif.

Les unités monétaires étaient autrefois basées sur la valeur des métaux précieux, l’or et l’argent, et après 1944 relativement au dollar américain qui était reconnu comme étant une valeur sûre et stable. Mais depuis les Accords de la Jamaïque de 1976, les devises flottent les unes par rapport aux autres au gré de l’offre et la demande, elles ne sont plus basées sur un étalon quelconque mais sur rien de particulier. Comme l’inflation fait constamment grimper les prix des biens de consommation, il faut donc s’attendre à ce qu’un jour, le salaire minimum soit de 100$ de l’heure et qu’un kilo de beurre coûte aussi 100$. Les devises flottent mais perdent constamment de leurs valeurs d’échange contre les marchandises, dans un grand mouvement global unidirectionnel.

L'argent et le temps

L’argent et le temps

C’est malheureusement au cours de ce processus d’inflation perpétuel que les inégalités économiques et les injustices sociales grandissent, que le fossé se creuse entre les riches et les pauvres, faisant graduellement disparaître la classe moyenne qui est actuellement la seule à travailler pour subvenir aux besoins des plus pauvres et engraisser les plus riches. C’est une des raisons pour lesquelles je préconise que la monnaie interne soit basée sur le temps de travail, sur « l’étalon-travail » comme l’appelait Alfred Louis Darimon il y a 157 ans. Cette monnaie faciliterait l’établissement de la valeur réelle des biens produits par les travailleurs de n’importe quel pays, elle démystifiera et cristallisera le rapport travail/valeur dans l’esprit de tous. L’argent ne serait plus le symbole de la richesse capitaliste mais celui du travail, il retrouverait sa fonction première de simple moyen d’échange.

Le taux de change entre ces deux monnaies à l’intérieur du pays devrait aussi être basé sur les salaires et non sur l’offre et la demande. L’unité de la monnaie interne serait équivalente au salaire universel d’une heure de travail de base et équivaudrait au salaire moyen des travailleurs des entreprises privées qui sont payés en monnaie officielle internationalement échangeable. L’échange de la monnaie interne pour de la monnaie officielle serait évidement conditionnelle à sa disponibilité dans les coffres de l’État car cette dernière ne peut être créée au besoin comme la première.

Je vais m’en tenir à ces généralités pour cet article et je développerai plus profondément ces deux dernières questions dans mes prochains articles, respectivement la « monnaie-temps de travail » et le « double système monétaire ». Ce sont des sujets relativement complexes sur lesquels j’ai encore beaucoup à dire. Je crois cependant qu’il me sera inutile de revenir sur la question de « la création monétaire par l’État versus par les banques », je suis persuadé que vous en avez bien compris le principe, surtout si vous avez pris la peine de visiter quelques-uns des nombreux liens incorporés dans le texte de mon article. Ça en fait beaucoup à lire mais prenez tout votre temps, la digestion de la nourriture de l’esprit est aussi plus facile lorsqu’on prend le soin de bien la mastiquer avant de l’avaler.

Alain Poitras – Activiste communiste

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À propos de Alain Poitras

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