Le double système monétaire

Quelques mois ont passé depuis la publication de mon article précédent car mes autres activités souvent saisonnières accaparaient tout mon emploi du temps. Parmi ces activités, ayant constaté que la fréquentation de mon blog était plutôt faible, je me suis inscris sur Twitter et Facebook afin de lui faire de la publicité et ce fut très efficace. Je dois cependant avouer que j’avais besoin d’une certaine période de réflexion avant de poursuivre car écrire n’est vraiment pas ma spécialité et je n’ai jamais rien compris aux règles de grammaire, c’est juste le seul moyen à ma disposition pour faire connaître mes idées politiques sur Internet et ça me demande des efforts intellectuels inhabituels.

Le matérialisme dialectique

Avant d’entrer dans le vif du sujet, j’aimerai consacrer quelques mots au matérialisme dialectique dont Marx, Engels et les premiers révolutionnaires communistes ont souvent parlé. C’est une méthode d’analyse dialectique de la réalité à travers un prisme matérialiste, elle est basée sur la science de la nature et la théorie des contradictions de Hegel … En termes plus clairs, cette analyse dialectique leur a permit d’expliquer les très nombreuses contradictions du système capitaliste et selon eux, les véritables besoins des peuples que seul le communisme était en mesure de satisfaire.

Ils ont donné de nombreux exemples des contradictions dont toutes choses sont naturellement faites et qui s’y équilibrent, le plus frappant est le magnétisme, tous les aimants sont composés de deux pôles appelés nord et sud entre lesquels circule un flux magnétique d’une intensité égale à chacun de ces pôles. Aucun aimant ne peut exister sans ces deux pôles, l’attraction et la répulsion de deux aimants dépendant de l’équilibre de ces forces contradictoires et de leur position physique réciproques, ce qui permet notamment aux moteurs électriques de tourner et aux alternateurs de produire de l’électricité.

Les pôles positif et négatif en électricité sont d’ailleurs intimement reliés à ceux du magnétisme, le flux des électrons dans un corps conducteurs circulant du pôle négatif où il y a un surplus d’électrons vers le pôle positif où il en manque. Pour qu’il puisse y avoir une circulation d’électrons d’un point à l’autre d’un circuit (le courant mesuré en Ampères), il doit absolument y avoir une différence de potentiel entre ces deux points (le voltage mesuré en Volts). Un de ces points doit donc être plus positif ou négatif que l’autre sinon le courant ne circule plus, comme dans le cas d’une pile complètement à plat qui comme un aimant démagnétisé est devenue une chose dénudée des bénéfiques contradictions internes nécessaires à son fonctionnent.

Tout ce calcule en magnétisme et en électricité, leurs unités de mesure ont toutes un rapport précis entre elles et on trouve également de nombreux exemples de contradictions en mathématique qui font d’elles ce qu’elles sont. Il y a bien sûr les nombres positifs et négatifs en équilibre parfait et pratiquement toutes les opérations mathématiques qui ont leur contrepartie directe comme l’addition et la soustraction, la multiplication et la division. Cette notion d’équilibre est d’ailleurs de première importance dans toutes résolutions d’équations, le calcul différentiel et intégral, la trigonométrie et l’algèbre surtout booléenne qui est largement utilisé en informatique et permet de résoudre des problèmes à partir des seules conditions vraies ou fausses.

Le vrai et le faux en sont un autre exemple, tout comme le Yin et le Yang dans la culture Chinoise, le masculin et le féminin, la lumière et la noirceur, le bruit et le silence, la chaleur et le froid, le capitalisme sauvage et le communisme totalitaire … Le matérialisme dialectique est dont la science des choses opposées qui composent à peu près tout et dont l’équilibre détermine la nature. Il est bien évident que dans le capitalisme, c’est l’instabilité, l’incohérence et le déséquilibre des éléments qui le composent qui créent les crises économiques à répétition et toutes inégalités sociales, ce qui engendre exploitation, chômage, pauvreté et misère. Si le capitalisme était bon comme les riches le prétendent, ces calamités n’existeraient plus depuis longtemps et tous les humains vivraient dans l’abondance, l’harmonie et le bonheur. La réalité est que le capitalisme a été créé par les riches pour leurs propres besoins d’enrichissement et qu’ils s’opposent avec acharnement à toutes mesures sociales destinées à amoindrir les effets pervers de ce système car elles sont toujours contre leurs intérêts, ils le maintiennent depuis toujours par le mensonge et la manipulation.

Mais il ne faut pas se leurrer, le communisme prétendument « scientifique » dont les bases élaborées il y a plus de 100 ans ont été mises en pratique sous diverses formes est très loin d’avoir solutionné les problèmes de l’humanité et furent autant un gigantesque fiasco que semble l’être le capitalisme aujourd’hui. Le communisme sous ses formes dites « totalitaires » a prouvé être contre-nature et incapable de répondre aux véritables besoins des peuples, c’est comme si on avait essayé de supprimer de la société certaines forces vitales en ne conservant que leur contrepartie, ce qui conduit immanquablement à un total déséquilibre et l’échec certain de ce système social et économique. C’est comme si le communisme avait essayé de créer un aimant ne comportant qu’un pôle, c’est impossible.

En tant que « néocommuniste », je crois la société idéale doit reposer sur le parfait équilibre de ses composantes opposées et contradictoires, que celles-ci se complètent et compensent mutuellement leurs lacunes, pour que le bonheur des uns ne puissent plus faire la malheur des autres, pour que l’enrichissement de certains ne cause plus d’appauvrissement mais un enrichissement global grâce à un partage équitable des richesses. C’est pourquoi je milite pour une économie pluraliste où les entreprises privées peuvent coexister harmonieusement avec les entreprises nationales et pour que les gens aient toujours le choix de travailler pour l’une et l’autre moyennant un salaire, sinon de vivre des fruits leur propre entreprise, seuls ou avec des partenaires, grâce à des moyens de production privés ou collectifs mis à leur disposition par l’État lorsque les fins le justifient.

Cette notion d’équilibre parfait doit également s’appliquer au système monétaire de chaque pays. Tant qu’il existera une multitude de pays indépendants dépendant tous les uns des autres pour leur approvisionnement en biens de consommation – car il a été largement prouvé qu’aucun ne peut vivre en autarcie, sinon très difficilement – et tant que les pays feront du commerce entre eux, important et exportant biens et services, le système monétaire international mis en place et géré par les financiers capitalistes et leurs banques continuera d’exister et sera le principal moyen d’échange entre tous les pays, que ça nous plaise ou non … L’équilibre au niveau mondial repose sur la balance commerciale de chaque pays et la valeur respective des monnaies qu’ils utilisent pour leurs transactions dont le taux de change est flottant et déterminé par leur offre et leur demande sur le marché international des changes. La lutte contre le capitalisme à l’échelle internationale ne pourra se faire que lorsque qu’il aura été suffisamment maîtrisé dans la plupart des pays riches, lorsque leur classe dominante deviendra la classe dominée par l’ensemble du peuple. Le « pouvoir au peuple » par la démocratie directe que les riches appellent avec raison et stupeur la « dictature de la majorité » serait tout simplement la version contemporaine de ce que les anciens communistes appelaient « la dictature du prolétariat », l’inverse de la « dictature masquée des ploutocrates » et leur « fausse démocratie bourgeoise » dans laquelle les dés sont toujours pipés d’avance … 

Cependant, au niveau national dans chaque pays, le mode de création et de distribution de la monnaie obligatoirement utilisée pour le commerce international est inapproprié, tout comme il cause de fortes inégalités entre les pays riches et pauvres, il en cause entre les habitants de chacun de ces pays. Mais rien n’empêche un pays d’utiliser une deuxième monnaie non convertible internationalement pour son usage interne, créée et distribuée de façon différente et plus équitable. Tout comme dans le cas de la coexistence de la propriété privée et collective des moyens de production et de service, l’équilibre dialectique parfait pourrait donc être atteint grâce à un double système monétaire, une monnaie conventionnelle pouvant servir au commerce international et une monnaie nationale servant uniquement aux échanges intérieurs.

Le double système monétaire

Comme je l’ai déjà mentionné dans mon article La démocratie dans les pays communistes actuels, un double système monétaire a déjà existé dans de nombreux pays, communistes ou non et existe encore à Cuba et en Chine. Dans la plupart des cas, il s’agissait d’une monnaie nationale non convertible à l’extérieur du pays et d’une monnaie spéciale à l’usage des visiteurs étrangers ou réservée au commerce international souvent appelée FEC (foreign exchange certificate).

La monnaie nationale de la Chine est le Renminbi (monnaie du peuple) et le Yuan son unité de compte. Elle a utilisé des FEC de 1995 à 2005 mais depuis 2010, le Renminbi est en partie convertible internationalement dans la zone économique de Hong Kong et exclusivement pour les entreprises chinoises de dizaines de provinces, à certaines conditions … Le Renminbi non convertible est désigné par le code monétaire CNY (onshore) et le Renminbi convertible par le code CNH (offshore). La Chine est devenue la deuxième puissance économique grâce aux 3000 milliards US$ qu’elle a accumulé en trente ans dans ses réserves de change dont environ 50% sont en bons du trésor américains, elle est donc en position de dominer une grande partie du monde capitaliste et imposer ses propres règles et son Yuan, ce qui fait bien des mécontents.

La Chine se porte assez bien et sa balance commerciale a toujours été excédentaire, elle exporte beaucoup plus qu’elle n’importe, c’est ce qui l’a rendu si riche et puissante. C’est tout l’inverse de Cuba dont la Peso national non convertible (CUP) utilisé par le peuple a une très faible valeur et le Peso convertible (CUC) n’est même pas reconnu sur les marchés de change internationaux, le CUC ne peut être échangé contre des devises étrangères que sur le territoire Cubain. Le CUC est considéré par les économistes comme une forme de FEC et pour les pays capitalistes, c’est de la monnaie de singe n’ayant aucune valeur …

Pour son commerce extérieur, Cuba doit compter uniquement sur ses maigres réserves de change en devises étrangères et s’endette d’année en année car contrairement à la Chine, les Cubains doivent importer beaucoup plus qu’ils ne puissent exporter. En effet, leur économie fortement minée par l’embargo américain, surtout depuis la chute de l’URSS, ne leur permet que de disposer de moyens de production très rudimentaires et de ressources énergétiques limitées. Ce pays, qui a pourtant un climat propice à l’agriculture et l’élevage d’animaux de boucherie ainsi que de vastes terres fertiles en friche et inexploitées, n’arrive même pas à nourrir son propre peuple et doit importer une grande partie de sa nourriture. Le système social du pays et la grande pauvreté des Cubains favorise l’improductivité, la corruption, le vol, la contrebande et le travail clandestin.

Ce que je propose n’est pas l’utilisation d’une deuxième monnaie convertible parce que la monnaie nationale ne l’est pas comme en Chine et à Cuba mais exactement le contraire … Je propose l’utilisation d’une monnaie nationale non convertible pour les pays dont la monnaie actuelle est déjà convertible et acceptée internationalement sur le marché des changes. Une monnaie à l’usage du peuple qui n’est pas créée par les banques et distribuée sous forme de prêts comme les monnaies conventionnelles mais créée par l’État selon ses besoins et distribuée au peuple en salaires et allocations diverses, également en paiements aux entreprises privées dont l’État est client.

La fonction principale de la monnaie en circulation dans un pays et dans le monde est de remplacer efficacement le troc, d’échanger indirectement biens et services, acheter et vendre les immenses richesses en biens meubles et immeubles, corporels ou incorporels qui sont la propriété des individus, des entreprises ou des États. Évidement, la valeur de toute la monnaie en circulation est très faible comparativement à ces immenses richesses car selon nos lois, tout peut se vendre sauf les être humains depuis la fin officielle de l’esclavage mais comme je l’ai déjà mentionné, ceci est assez discutable … Toutefois, une grande partie de cette monnaie en circulation n’est pas utilisée pour les échanges mais conservée comme telle, accumulée dans les coffres-forts ou ailleurs.

Comme il y a déjà bien suffisamment de monnaie conventionnelle en circulation dans le monde pour tous les échanges financiers, la monnaie créée par les banques lors des prêts bancaires gonfle constamment la masse monétaire de milliers de milliards de dollars pour de plus ou moins longues périodes mais elle est détruite lors de son remboursement après avoir servi aux millions d’échanges de biens et services qui s’effectuent chaque jour dans le monde. Afin que la monnaie nationale créée au besoin par l’État ne s’accumule pas infiniment dans la masse monétaire, il importe qu’elle soit aussi détruite à son retour dans les caisses de l’État, après un relativement court séjour dans la masse monétaire.

Les deux principales différences entre la monnaie conventionnelle et celle à usage uniquement nationale sont la façon dont sont elles créées et celle dont elles sont distribuées au peuple mais les deux sont détruites lorsqu’elles retournent là où elles ont été créée. Bien entendu, elles ne sont pas distribuées aux mêmes personnes, la monnaie créée par les banques est surtout distribuée aux riches qui ont une bonne cote de crédit et des garanties de remboursement et la monnaie du peuple créée au besoin est surtout distribuée en salaire aux travailleurs et travailleuses des entreprises de l’État et aux bénéficiaires des allocations gouvernementales qui sont en grande partie des gens âgés et ou sans emplois. C’est ce qui fait toute la différence, cette deuxième monnaie serait distribuée aux moins nantis et non aux plus riches, ils l’utiliseront surtout pour payer leurs besoins de base et non pour acquérir des biens luxueux, investir et spéculer dans le but de toujours s’enrichir d’avantage.

Autant cette deuxième monnaie à usage interne serait avantageuse pour les moins nantis, autant elle le serait pour l’État, donc pour la nation entière, car la dette publique n’aurait plus de raisons d’être. Actuellement, les États doivent emprunter des milliers de milliards aux banques privées et sont endettés jusqu’au cou. Ça n’a plus aucun sens, ces immenses dettes qui s’accumulent deviendront un véritable fardeau pour nos descendants, un fardeau dont ils ne pourront jamais se libérer et auquel la plus grande part de leurs taxes et impôts sera consacré. Grâce à cette monnaie pouvant être créée au besoin, l’État n’aura plus de créanciers et la monnaie non retournée sous forme de taxes, impôts et revenus divers resterait tout simplement en circulation dans la masse monétaire, entre les mains des gens qui l’ont acquis légitimement et s’en serviront pour leurs transactions courantes ou s’enrichiront en l’accumulant. La masse monétaire s’en trouverait ainsi gonflée mais le gonflement créé par les prêts bancaires diminuerait proportionnellement, le recours au crédit étant devenu moins indispensable grâce à cette « monnaie du peuple ». Il faut bien comprendre que le peuple ne deviendrait pas un créancier de l’État si ses dépenses locales sont supérieures à ses revenus car l’État appartient au peuple et ainsi, nos descendants ne seront pas de perpétuels esclaves de la dette publique …

Comme je l’ai déjà expliqué, cette monnaie locale créée au besoin permettrait aux États d’effectuer des travaux de grande envergure économiquement non rentables mais socialement ou écologiquement essentiels. Les moyens financiers extraordinaires qu’elle procurerait leur permettraient de mettre sur pied toutes les entreprises nationales et de se donner tous les moyens de production nécessaires au bien-être du peuple. Tout ceci évidement dans les limites imposées par les richesses naturelles et énergétiques de ces États ainsi que le niveau technologique et la productivité de leurs peuples car rien ne peut s’obtenir sans efforts.

Le double système monétaire

La conversion des monnaies

Lorsqu’un pays désire importer des biens ou services d’un autre facturés dans une autre devise que la sienne, il doit acheter celle-ci sur le marché des changes au taux alors en vigueur, il peut aussi acheter certaines devises exotiques de « brokers » spécialisés si elles sont disponibles en quantité suffisantes. Pour acheter des devises étrangères avec sa propre devise, cette dernière doit être convertible à l’étranger et avoir une certaine renommée car la confiance en une monnaie est un facteur déterminant en ce qui concerne sa demande et sa valeur. Le cas échéant, le pays importateur n’a d’autres choix que d’utiliser les fonds qu’il a en réserve dans cette devise, ce qui est manifestement le cas de Cuba dont les deux monnaies n’ont aucune valeur à l’extérieur du pays. Évidement, d’autres moyens sont possibles tels le troc direct de marchandises entre les deux pays ou des ententes d’échange de natures diverses.

Concernant le double système monétaire dont il est question dans cet article, la monnaie conventionnelle utilisée doit être convertible internationalement et la monnaie nationale à usage locale, malgré que non convertible à l’extérieur du pays doit l’être à l’intérieur. Les deux monnaies du pays doivent être mutuellement convertibles afin que les fournisseurs, salariés et bénéficiaires des allocations de l’État puissent se procurer des biens et services disponibles uniquement en monnaie conventionnelle ou encore pour en importer d’un autre pays ou simplement voyager à l’étranger car se rendre dans un autre pays pour y dépenser de l’argent provenant du sien est une forme d’importation.

Cependant, comme il est mentionné dans le tableau ci-haut, « la conversion de la monnaie locale en conventionnelle est dépendante de sa disponibilité dans les réserves ». Les banques ont toujours de grandes réserves en devises étrangères importantes dans leurs coffres, habituellement en bons du trésor ou autres titres et elles pourraient en avoir aisément en « monnaie du peuple » locale car l’État pourrait leur en vendre autant qu’elles en veulent. Mais l’inverse est moins évident, il y a de fortes chances que seul l’État soit en mesure d’échanger de la monnaie du peuple contre de la monnaie conventionnelle, pour que la chose soit possible, elle doit en posséder de grandes réserves et de telles réserves sont habituellement difficiles à accumuler. Si le pays n’est pas suffisamment riche comme c’est le cas de Cuba, soit qu’il y ait de constantes pénuries de change ou que le taux de change entre les deux monnaies soit très élevé, ce qui est très injuste pour les moins nantis. À Cuba, un Peso convertible vaut actuellement 24 Pesos national mais en Chine, les Renminbis « onshore » et « offshore » ont pratiquement la même valeur.

Comme je l’expliquais dans mon article précédent La monnaie temps de travail, l’unité de la monnaie locale créée au besoin par l’État devrait idéalement être basée sur une heure de temps de travail moyen et cette monnaie pourrait être appelée le UU pour « Unité Universelle », le salaire de base de tous les salariés des entreprises de l’État serait donc de un UU par heure travaillée. Afin que ces salariés aient le même pouvoir d’achat que ceux et celles travaillant pour les entreprises privées et vice versa, le UU devrait valoir le salaire horaire moyen payé dans ces entreprises. C’est ce qui déterminerait le taux de change entre les deux monnaies nationales.

La constitution des réserves en monnaie conventionnelle

Afin que les réserves en devise conventionnelle soient suffisantes pour convertir les deux monnaies à ce taux et éviter les pénuries de change et le recours éventuel au rationnement, le pays doit être assez riche pour qu’elles puissent être accumulées et pour ce faire, il existe quatre moyens principaux. Premièrement, les entreprises de l’État doivent idéalement exporter plus qu’elles n’importent comme l’a fait la Chine depuis les années ’80. Comme les exportations devraient se faire aux prix courants du marché, les entreprises de l’État feraient normalement des profits, vous vous dites que c’est du capitalisme mais lorsqu’on fait du commerce avec des pays capitalistes, il faut en faire car lorsqu’on importe de ces pays, ils ne se gênent pas pour en faire des profits. L’important est que ces profits servent à l’enrichissement collectif et non seulement à celui des plus riches. Il est important de noter ici que si un pays importe plus qu’il n’exporte, il peut quand même s’enrichir en accumulant les surplus de biens matériels qu’il produit mais sa monnaie convertible fuit constamment et ses réserves en devises étrangères baissent.

Deuxièmement, tous les impôts et taxes payés à l’État ainsi que les services et biens produits par ses entreprises nationales le seront habituellement en UU, la monnaie du peuple, qui sera détruite dès son encaissement. Mais il serait aussi possible de payer ces sommes en monnaie conventionnelle, dans ce cas, cette monnaie ne sera évidement pas détruite mais accumulée dans les réserves de change de l’État. Ces réserves serviront également aux dépenses de l’État ne pouvant être payés en UU, ce qui sera le cas pour ses importations et pour les biens et services fournis par les entreprises privées n’acceptant pas le UU, lorsque c’est absolument nécessaire … L’État doit être uniquement au service du peuple et non une vache à lait pour les entreprises privées capitalistes.

Troisièmement, lorsque le peuple ou les entreprises du pays doivent échanger leur UU en monnaie conventionnelle, les UU ainsi reçus seront détruits dès leur encaissement, abaissant proportionnellement le niveau des réserves de change en monnaie conventionnelle. Mais dans le cas inverse qui se présentera moins fréquemment, lorsque de la monnaie conventionnelle sera échangée contre des UU, ces derniers seront créés expressément mais cette très précieuse monnaie conventionnelle sera ajoutée aux réserves. Évidement, lorsque je parle de la création et la destruction de la monnaie, c’est de façon scripturale, vous aurez compris que la monnaie sous sa forme physique en billets ou en pièces encore utilisable sera constamment remise en circulation comme c’est le cas pour la monnaie conventionnelle …

Quatrièmement, les sommes provenant des bons du trésor national vendus en monnaie conventionnelle seront également ajoutés aux réserves de change nationales, leurs détenteurs pourront cependant les revendre à l’État à tout moment pour récupérer leur placement.

La constitution et la conservation de ces réserves de change dépendent donc largement de la santé économique du pays, de ses ressources naturelles et énergétiques, son niveau technologique, ses exportations et surtout de sa productivité. Les habitants d’un pays incapable de convertir sur demande sa monnaie locale non convertible en monnaie conventionnelle ne pourront pas facilement se procurer des biens vendus uniquement dans cette devise ou voyager à l’étranger, ce qui est le drame de Cuba. C’est pourquoi il est primordial, comme une analyse dialectique adéquate devrait le révéler, qu’une partie de l’économie d’un pays repose sur les entreprises privées qui ont des qualités que pourraient difficilement avoir les entreprises nationales de l’État. Il ne faut pas perdre de vue l’apport considérable des entreprises privées en monnaie conventionnelle dans les réserves de l’État qui sont à la disposition du peuple et constituent une partie de sa richesse collective, on ne peut partager les richesses que si elles existent.

Les taxes et impôts

J’aimerai ouvrir ici une petite parenthèse au sujet des impôts et taxes, j’en ai déjà parlé dans mes articles précédents et j’en reparlerai encore dans les suivants. Même si l’État peut créer toute la monnaie nécessaire pour ses dépenses, il n’en reste pas moins que cette monnaie doit lui revenir pour être détruite. Également, il importe qu’une bonne partie des revenus des plus riches retourne à la collectivité qui les a enrichi car il est impossible de s’enrichir plus que le travail normal le permet sans exploiter les moins nantis d’une façon ou d’une autre, directement ou indirectement, l’Etat communiste doit les forcer à partager leurs richesses. C’est pour ces raisons que les taxes et impôts existent.

Toutes les entreprises privées dûment enregistrées devraient être tenues de payer de l’impôt sur leurs profits réels ainsi que les gens ayant des revenus supérieurs à ceux de la moyenne des salariés, comme les professionnels, les cadres supérieurs et les propriétaires spéculateurs. Les travailleurs et travailleuses dont les revenus sont égaux ou inférieurs à ceux de la moyenne ainsi que les entreprises privées ne faisant vraiment pas de profits ne devraient pas être tenus de payer de l’impôt. Cependant, tous, riches ou pauvres, auraient à payer des taxes pour la plupart des biens et services qu’ils se procurent, exception faite des biens et services essentiels comme les aliments de base et les logements modestes par exemple. Le taux de taxation devraient logiquement être plus bas pour ce dont la plupart des gens doivent se procurer dans leur vie de tous les jours, moyen pour ce qui est considéré comme un luxe que les moins nantis ne peuvent habituellement s’offrir et élevé pour ce que seuls les plus riches peuvent se permettre d’acheter.

Karl Marx avait suggéré d’incorporer le coût des dépenses sociales et celles de l’État dans le coût de production des biens vendus par les entreprises nationales mais ce serait selon moi fausser les coûts réels de production. D’une façon générale, ces taxes et impôts devraient être perçus moyennant un minimum de contrôle et de complexité bureaucratique afin de minimiser le personnel requis car la fonction publique est incontestablement l’activité la plus improductive et onéreuse de la société. Certains liront entre ces lignes qu’il s’agit d’essorer les riches au maximum, de créer un État « Robin des bois », ils ont bien raison … ce n’est pas un blog capitaliste que je rédige mais un blog communiste … C’est surtout aux gens qui s’enrichissent principalement en faisant fructifier leur argent sans vraiment travailler, plutôt qu’en se privant du superflu et en économisant, à payer pour ceux et celles dont les revenus sont tout juste suffisants pour leur subsistance. Cette façon de voir les choses est tout à fait l’inverse de celle de nos gouvernements bourgeois qui sont tous à la solde des riches.

L’utilisation des deux monnaies

Pour récapituler, le principe des deux monnaies est très simple, les banques prêtent de l’argent qui n’existe pas réellement, il est créé scripturalement pour être prêté et détruit lors du remboursement des prêts. L’état paie aussi ses salariés, bénéficiaires et ses divers achats avec de l’argent qui n’existe pas réellement, il est créé scripturalement selon ses besoins et détruit lors de l’encaissement des impôts, taxes et ses autres revenus. Dans les deux cas, la boucle se referme lorsque la monnaie retourne où elle a été créée pour y être détruite après avoir accompli sa fonction première, l’échange de biens et services.

La monnaie créée par les banques grâce à l’effet multiplicateur du crédit endette les peuples et les États souvent pour très longtemps et enrichi toujours plus les plus riches qui empochent les intérêts qui sont les principaux profits des banques. La monnaie créée par l’État pour ses besoins enrichi vite le peuple en lui procurant à profusion du travail que le système capitaliste n’est plus en mesure de lui offrir et en lui fournissant des biens et services à bas prix dénués de leur composante profit.

Évidement, dans une économie pluraliste, de nombreuses entreprises privées préféreront utiliser seulement de la monnaie conventionnelle pour toutes leurs opérations et se plier aux règles et exigences du capitalisme comme elles l’ont toujours fait. D’autres auront avantage à utiliser les deux monnaies selon les convenances, celles comptant un grand nombre de clients payés en UU auront tout intérêt à accepter cette monnaie, s’en servir pour payer leur personnel, des biens et services fournis par les entreprises de l’État ainsi que payer les impôts sur leurs profits et les taxes perçues. Par contre, de très nombreuses petites entreprises privées et la plus grande partie de la classe ouvrière utiliserait surtout le UU, la monnaie locale du peuple, n’ayant recours à la monnaie conventionnelle qu’occasionnellement au besoin.

J’espère que la lecture de cet article ne fut pas pour vous une trop grande torture et qu’elle vous a permis de mieux comprendre le principe et l’utilité de ce double système monétaire tel que l’ai imaginé au cours de mes nombreuses périodes d’insomnies nocturnes. Je vous en reparlerai forcément car ce système monétaire particulier est le pilier central sur lequel est échafaudé tout le système économique et social de mes rêves. Sans celui-ci, aucun communisme idéal, libre et démocratique ne serait possible. J’irais même jusqu’à affirmer que sans un tel système monétaire bien équilibré grâce à ses deux monnaies créées, détruites et distribuées différemment, respectant les grandes lois du matérialisme dialectique, le système capitalisme de plus en plus déséquilibré s’effondrera bientôt, créant de plus en plus de chômage, de pauvreté, de misère et de guerres civiles, punitives et éventuellement, une troisième grande guerre impérialiste.

Alain Poitras – Activiste néocommuniste

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À propos de Alain Poitras

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